• Les Bébés Explorateurs

Portrait de Pro : Delphine, directrice des Explorateurs de Pigalle

Bonjour Delphine, est-ce que vous pouvez nous raconter votre parcours ?


Je commence au tout début ?

Mon envie de m’occuper des autres est née très très jeune. Dès le collège, j’ai eu envie de travailler dans le domaine de l’aide à la personne. Je n’étais pas sûre à 100% que je voulais m’occuper d’enfants, parce que je me sentais aussi très proche des personnes âgées.

J’ai donc choisi de suivre un BEP Carrières Sanitaires et Sociales. J’ai eu mon diplôme en deux ans, la première année était consacrée à la Petite Enfance, la deuxième aux personnes âgées, ce qui m’a permis de voir les différents parcours. Les deux m’ont plu.

A partir du moment où je me sens utile, je me sens bien dans ce que je fais.

Après l’obtention de mon BEP en 2006, je suis partie faire un Bac Pro Service de Proximité Vie Locale, à vocation sociale. Au cours de ces deux années, j’ai travaillé sur plusieurs projets, avec des associations par exemple, et j’ai réalisé des stages notamment avec le Secours Populaire. J’étais agent médiateur auprès de personnes en difficultés, qu’il s’agisse de difficultés de lecture ou d’intégration, et je faisais la médiation entre ces personnes et des entreprises ; je les aidais à communiquer ensemble.

Une fois mon Bac Pro en poche, j’ai connu une période d’hésitation. Que faire ?


Pourquoi n’avez-vous pas choisi de poursuivre vos études ?

Une fois mon Bac Pro obtenu, j’ai traversé une sorte de petite déprime. Être assise, ça ne me convenait pas trop, j’avais besoin d’être active. Ça ne m’allait pas de rester immobile et d’écouter. J’aimais me sentir utile. Il faut aussi savoir que j’ai pris mon indépendance jeune ; je suis partie de chez mes parents assez tôt, et j’avais des responsabilités.

Le chemin du travail, c’était ma priorité.


C’est à ce moment-là que vous avez choisi de rejoindre le monde de la Petite Enfance ?


A ce moment-là de mon parcours, je ne connaissais pas ce secteur. J’avais déjà réalisé un stage en maternelle, mais je n’avais pas encore découvert l’univers des crèches. Une fois mon Bac Pro en poche, j’ai réalisé un stage d’un mois, en septembre 2008, pour découvrir la crèche. Et ça a été une révélation pour moi. C’était mon univers.

J’ai découvert une approche bienveillante du métier de l’aide aux personnes, et ça m’a beaucoup plu. J’ai été formée par une directrice qui était Infirmière Puéricultrice de formation, et par d’autres pros qui aimaient ce qu’elles faisaient et qui le faisaient avec de belles valeurs.

Grosse tristesse à la fin de mon stage… Mais deux jours plus tard, la directrice m’a rappelée pour m’embaucher en tant qu’Auxiliaire Petite Enfance.

J’ai fait ce métier pendant 7 ou 8 ans.


Puis vous avez effectué votre première Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) pour devenir Auxiliaire de Puériculture. Pourquoi ce métier particulièrement ?


J’ai choisi de suivre une VAE pour devenir Auxiliaire de Puériculture (et non pas Educatrice de Jeunes Enfants par exemple) parce que j’étais très à l’aise avec le soin, sa technicité et ses protocoles. Je pensais avoir les bases nécessaires pour devenir Auxiliaire de Puériculture.

Il ne me manquait plus que ce diplôme pour me qualifier, parce que j’étais déjà une Auxiliaire dans l’âme.

Peut-être aussi qu’à cette époque, je ne me sentais pas encore capable d’une VAE d’Educatrice de Jeunes Enfants (EJE).


Vous avez pourtant réalisé une deuxième VAE pour devenir EJE. Quand a eu lieu le déclic ?


Il y a trois ans. A cette période de ma vie, j’ai senti que j’avais acquis les compétences d’EJE ; j’étais entourée d’EJE, j’étais très proche de directrices qui étaient éducatrices. Et puis j’étais beaucoup dans l’accompagnement à la parentalité, dans le respect de l’individualité de l’enfant et de son autonomie. Je m’interrogeais beaucoup sur mes pratiques, et sur l’importance de l’observation, deux choses importantes dans le métier d’EJE.

J’ai eu envie de valoriser ces compétences… j’ai toujours besoin d’avancer, je n’arrive pas à rester sur mes acquis. J’ai besoin de m’enrichir et d’en apprendre toujours plus.


Quel a été l’élément déclencheur pour ces deux VAE ?


A l’époque de ma première VAE, la procédure était plus confidentielle. Plus difficile aussi, il fallait par exemple justifier de trois ans d’expérience terrain avant de la passer, alors qu’un an suffit maintenant. Quand j’ai su que c’était possible, j’ai foncé.

La deuxième VAE m’a demandé plusieurs années de réflexion et de formation. Si j’ai sauté le pas, c’est parce que j’avais envie d’être valorisée dans mon métier, et de justifier par un diplôme les connaissances apportées aux familles. Ça ne changeait rien à la personne que j’étais, mais ça me donnait une forme de légitimité vis-à-vis des parents des enfants dont je m’occupais.


On a l’impression à vous entendre que ces deux VAE ne se sont pas faites de manière tout à fait équivalentes… est-ce le cas ?


Oui, bien sûr, pour moi il y a une vraie distinction.

Auxiliaire de Puériculture, c’était en moi. Obtenir le diplôme était une formalité.

Educatrice de Jeunes Enfants, c’est un métier dans lequel je ne me retrouvais pas en début de carrière, et j’ai eu besoin d’acquérir plus d’expérience, d’enrichir mon vocabulaire pro, de comprendre mes pratiques avant de m’y intéresser. Réussir ma deuxième VAE d’EJE m’a demandé un réel investissement. Le contenu des VAE est très différent, ce sont deux démarches bien distinctes. La VAE d’AP vient tester vos connaissances sous la forme de questions réponses. La VAE d’EJE vous demande un investissement réel : il faut monter un projet et le présenter.


Comment avez-vous donc préparé cette deuxième VAE ?


J’ai décidé de le faire dans mon coin. Je sais que des accompagnements étaient possibles, mais j’ai souhaité le faire seule. Je préparais mon projet en rentrant chez moi le soir, et le week-end. Je voulais aller à mon rythme.

J’avais des amis qui m’accompagnaient, et ma directrice me motivait. Mais c’était un choix vraiment personnel.


Est-ce que le fait d’avoir évolué en interne, et surtout d’être passée par le « métier terrain », vous donne plus de visibilité sur l’impact/l’apport des connaissances de chacun(e) ?


C’est pour moi un plus d’avoir fait autant de terrain et sur autant de métiers différents ; ça m’aide à me mettre très facilement à la place des professionnelles de mon équipe. Je leur demande souvent si elles ont besoin d’aide. J’essaie d’être près d’elles le plus possible ; je prépare les repas par exemple pour qu’elles puissent se consacrer entièrement aux enfants.

Je pars du principe que pour les enfants soient bien, il faut que les professionnelles se sentent bien. Pour moi c’est la clé.


Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans cette évolution et quelles satisfactions y avez-vous trouvées ?


La première satisfaction, c’est la fierté qu’on éprouve quand on y est arrivé. Je me suis dit : « J’ai réussi ! Grâce à mon ambition et à ma motivation, j’ai pu y arriver ! »

Il y avait des difficultés pourtant ; c’était difficile de jongler entre le travail et l’écriture du dossier de VAE d’EJE, qui est bien chargé et tant mieux ! Le passage à l’oral m’effrayait aussi… mais les jurés se basent sur notre dossier et nous interrogent dessus, donc il n’y avait finalement aucune raison d’avoir peur.

J’étais fière aussi de la confiance que me faisait mon entreprise lorsqu’ils m’ont très rapidement confié un poste de direction aux Explorateurs de Pigalle. Je me suis dit qu’ils m’en croyaient capable, et que j’allais leur montrer qu’ils ne s’étaient pas trompés.

Une fois arrivée sur le poste, la plus grosse difficulté, je dirais, tient à l’accompagnement des professionnelles et au management d’équipe. L’accompagnement aux enfants et aux familles, je le faisais déjà quotidiennement sur le terrain, ce n’était pas un problème.


Est-ce que vous auriez aimé prendre un autre chemin pour arriver là où vous êtes aujourd’hui ?

Non. Je me suis demandé un moment si je n’allais pas regretter d’arrêter mes études… Mais ce n’était pas mon truc. J’avais besoin d’être formée, mais sur le terrain. Pour moi, la VAE s’adresse à des gens qui ne peuvent pas retourner à l’école ou qui n’y trouvent pas leur place.

Je ne regrette rien aujourd’hui parce que je suis qui je suis grâce à ce parcours et grâce aux personnes qui m’ont formée. Je suis même plus ouverte d’esprit après avoir tâtonné un peu partout et sur tous les postes. Je pense que c’était vraiment le parcours qu’il me fallait.

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