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  • Photo du rédacteurLes Bébés Explorateurs

Portrait de pro : Maëlyss, AP aux Explorateurs de Rennes La Poterie


Bonjour Maëlyss, est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Est-ce vous pouvez nous raconter votre parcours ?


Je m’appelle Maëlyss, j’ai 23 ans et je suis Auxiliaire de Puériculture à la crèche de Rennes La Poterie.

Mon parcours scolaire n'a pas toujours été un long fleuve tranquille. En classe de 3e, j'ai développé une phobie scolaire et j'ai arrêté d'aller au collège. Le directeur de mon établissement et mes professeurs étaient dévoués à leur métier ; grâce à eux et à ma famille, j'ai pu suivre des cours à domicile et passer le brevet à la fin de l’année, comme tous les autres élèves.

Je savais déjà vers quoi je voulais m’orienter ; pour moi, c'était sûr, je voulais faire partie du milieu de la santé et travailler auprès des enfants. J'ai donc voulu poursuivre mes études en lycée professionnel, mais avec mon année de 3e atypique, ce n’était pas facile d'y être acceptée. La directrice d’un lycée m’a donné rendez-vous, et lors de cette rencontre, elle a accepté de me faire confiance et de me laisser une chance de poursuivre mes études dans ce domaine. J'ai donc suivi un Bac Pro Service aux personnes et aux territoires que j'ai obtenu. J’ai ensuite fait un CAP Accompagnante Éducative Petite Enfance. Puis j'ai voulu poursuivre en entrant à l'IFAP de la Croix Rouge de Rennes.

Au début je souhaitais faire un cursus classique d’un an en école d'auxiliaire de puériculture ; je ne connaissais pas la voie de l'apprentissage qui, elle, s'effectue en 18 mois. A force d'en parler autour de moi, j'ai découvert cette possibilité. C'était encore très peu connu des apprenants et des établissements, alors j'ai eu un petit peu de mal à trouver une structure pouvant m'accueillir durant cette formation. J'ai passé plusieurs entretiens, à Rennes, à Nantes, à Dinan, mais il y avait beaucoup de candidatures et peu de places. Puis un jour, j'ai reçu un appel d'une des directrices de crèche avec laquelle j'avais eu un entretien, qui m'annonçait qu’elle pouvait finalement m'accueillir ! J'ai donc débuté ma formation d'auxiliaire de puériculture par apprentissage en Janvier 2021 dans un multi-accueil de Dinan, à 1h de chez moi.

Ma formation se partageait entre périodes de cours, périodes en entreprise et périodes de stages. J'ai eu la chance d'effectuer des stages en milieu hospitalier (maternité, réanimation pédiatrique, unité de soins ambulatoire pédiatrique polyvalent), car l'auxiliaire de puériculture peut exercer ses fonctions dans différents milieux concernés par la petite enfance : milieu hospitalier, PMI, pouponnière, crèche...

En entrant en école d'auxiliaire, je me destinais plutôt au milieu hospitalier ; je n’envisageais pas de travailler un jour en crèche, par peur de la routine ; mais mon apprentissage a changé ma vision des choses : je me suis rendu compte que la routine n'existait pas en crèche. Bien sûr les journées se ressemblent sur la forme, mais chaque jour y est différent ; les activités proposées, les humeurs de chacun (professionnel/les comme enfants), leurs envies etc. changent chaque jour.

Cette période d'apprentissage m’a apporté beaucoup de choses, notamment concernant ma timidité et mon manque de confiance en moi. Je doutais beaucoup de mes capacités professionnelles. En apprentissage c’est rassurant ; on est responsable mais encadré. On peut se reposer sur le maître d’apprentissage et les pros de la structure. Je savais que je ne me lançais pas tout de suite en étant pro diplômée. J’étais responsable, mais en même temps j’étais toujours accompagnée par quelqu’un dans ce que je faisais. Varier les périodes d’école et d’employeur, ça permet aussi de mettre tout de suite en pratique ce qu’on apprend à l’école. A l’inverse, en initial, on apprend le métier pendant un an et ensuite on est lâché : il faut faire, et tout de suite, et je ne m'en sentais pas capable, c'est pour ça que la voie de l'apprentissage était une chance pour moi.

En formation initiale il y a les stages mais c’est complètement différent de l’apprentissage ; ça reste sur une période courte, et puis c’est dur de se mettre en tête qu’on est là pour être une pro. On commence toujours par être observateur. C’est une autre position aussi celle de stagiaire : on ose moins dire ce qu’on pense. En apprentissage, on a davantage notre mot à dire.

J’ai été diplômée en juillet 2022, puis embauchée en CDI dans la crèche où j’étais en apprentissage, mais un changement dans ma situation personnelle m'a donné envie de me rapprocher de ma famille et de mes amis. J'ai cherché un nouvel établissement et je suis arrivée ici en février 2023.


Ca se passe bien ?


Passer d’une grosse structure à une plus petite, c’est très agréable. Avant, j’étais dans une crèche de 60 berceaux, ouverte du lundi au samedi, en horaires atypiques (de 5h à 22h). Les enfants étaient nombreux, le rythme fatiguant, d'une journée à l'autre les horaires de travail pouvaient varier. Quand je suis arrivée ici, ça m'a fait drôle au début, mais je me suis vite adaptée. Ici, on a moins d’enfants, on est moins stressées ; c’est plus cool.


Quelle est votre journée type ?


On roule sur 3 plages horaires :

• 7h45 - 15H45 ouverture

• 9h - 17h

• 11h - 19H fermeture

Nos journées se ressemblent plus ou moins. On a des horaires à respecter, une routine qui s’installe pour ne pas perdre les enfants et pour qu’ils soient confortables... et nous aussi. De 8h à 9h environ, on fait les accueils et on prend les transmissions auprès des parents ; pendant ce temps-là, les enfants jouent tranquillement

A 9h30 on fait le temps du bonjour, des comptines, on se demande comment on va, etc.

Vers 9h45 on installe plusieurs pôles de jeu et ils vont où ils veulent ; ou alors on fait une activité spécifique ; c’est en fonction de ce qu’on perçoit des enfants, de leurs humeurs, de leur nombre... A 10h45 on range la section avec les enfants ; c’est le temps de la chanson pour ranger. A 11h on installe les tables pour le repas ; ils s’y installent et on chante la chanson pour se mettre à table. C’est le moment du repas.

A la fin du repas, quand la majorité des enfants sont sortis de table, on les sépare pour ne pas faire monter la pression ; chaque enfant va dans son dortoir où il se déshabille, seul ou avec de l’aide. Puis on lit un livre que l'on a choisi pour le rituel d'accompagnement à la sieste ; à la fin de cette lecture vient le temps de l’endormissement. Certains enfants ont besoin d'aide pour s'endormir, d'autre non, on apprend à reconnaitre les besoins de chacun et on y répond.

Les réveils varient en fonction des enfants. Après la sieste, c’est le temps des jeux libres, jusqu'à 14h45, puis, comme le matin, revient la chanson du rangement où l'on demande la participation de chacun. A 15h on s’installe pour le goûter. Après cela, à nouveau, c’est le temps des jeux libres ou bien on sort des petites activités faciles à faire. A partir de 16h les départs s'échelonnent, on fait les transmissions du soir avec les parents où l’on raconte la journée de l'enfant.

Et on termine notre journée par le rangement des sections, et le nettoyage des surfaces.


Qu’est-ce que vous préférez dans votre métier ?


Moi, j’aime beaucoup être dans le soin : les changements de couche, les soins de nez, l’aide à la prise des repas, les traitements... Je considère que c’est un moment privilégié avec l’enfant.

Les transmissions avec les parents, c’est un moment que j’apprécie aussi. Au début, je craignais d’aller au contact des parents, par timidité. Mais petit à petit, j’ai oublié ma timidité. Maintenant, la communication avec les parents m’intéresse parce qu’on apprend plein de choses. C’est quand même important d’apprendre ce qu’il s’est passé à la maison et de transmettre les infos de la crèche.

Le travail d’équipe, c’est également très important pour moi : la transmission, le soutien de ses collègues, le fait de pouvoir passer le relai... et puis c’est agréable d’avoir un contact adulte quand on travaille avec les enfants. C’est tous ensemble qu’on peut mettre en place de nouveaux projets, échanger sur nos pratiques, s’améliorer, etc.

Les activités, ce n’était pas mon point fort au début, mais j’apprends à y prendre du plaisir petit à petit. Ce n’était pas mon point fort parce que je n’avais pas spécialement beaucoup d’idées ; je ne m’en donnais peut-être pas les moyens. Je me concentrais sur les soins. Mais j’ai eu une sorte de déclic sur ce sujet : les activités, c’est très important pour les enfants ; c’est là que beaucoup de choses se créent, l’imagination, la motricité, la découverte des sens, etc. Alors un jour je me suis lancée. Je me suis beaucoup inspirée sur Pinterest et sur TikTok, on y trouve beaucoup de comptes qui proposent plein d’idées super chouettes. Avant, j’imaginais que les activités nécessitaient beaucoup de préparation et de rangement, la logistique m’effrayait parfois. Mais aujourd’hui, ce que je retiens, c’est que c’est important pour eux et qu’avec un peu d’organisation, ce n’est pas plus long à ranger que d’autres activités !

Mais ce que j’aime par-dessus tout dans mon métier, c’est d’accompagner chaque enfant dans son développement, à son rythme. Et recevoir la reconnaissance et les remerciements des parents, c’est gratifiant.


Qu’est-ce qui vous semble le plus difficile ?


Le plus difficile je pense que c’est de travailler avec l’humain ; de composer avec les humeurs, les fatigues, les maladies, de l’équipe et des enfants. En tant que professionnel/les de la Petite Enfance, nous devons mettre de côtés nos soucis personnels et donner le maximum de nous-même, même si nous sommes fatiguées, même malgré une petite forme, parce que les enfants sont de véritables « éponges » et ressentent toutes nos émotions.

Nous sommes également en constante observation, attentives à tout ce qui peut se passer autour de nous dans la pièce ; mais malheureusement notre regard ne peut pas être partout à la fois et c’est parfois difficile d’éviter certaines choses, comme des chutes, des conflits, des morsures, etc. Il y a parfois des transmissions plus difficiles à faire que d’autres ; annoncer à un parent que son enfant a été mordu, ou qu’il est tombé, ce n’est jamais évident.

Il y a aussi des situations difficiles à gérer : par exemple lorsqu’un enfant est en pleurs sans que l’on sache expliquer pourquoi. Ces moments peuvent être durs : on donne beaucoup de notre personne, et parfois ne pas comprendre, c’est assez frustrant.


Quel regard portez-vous sur votre métier ?


C’est un très beau métier, qui gagnerait à être davantage reconnu. Aujourd’hui, il est fort sous-estimé.

J’entends souvent dire autour de moi : « Pour toi c’est facile : tu es assise par terre avec les enfants et tu joues toute la journée. » Mais pas du tout ; c’est loin d’être ça et c’est dommage que beaucoup de monde puisse le penser.

Notre métier gagnerait à être plus reconnu, que ce soit en crèche, à l’hôpital, en PMI… dans n’importe quel milieu. Par le monde du travail et par le monde en général. Au niveau du salaire aussi. La plupart des métiers de la santé sont dans le même cas.

Mais ça reste un très beau métier, il faut continuer à trouver des gens qui veulent le faire. Le secteur de la Petite Enfance, avec tous ses métiers (AP, EJE, Psychomotricienne etc.), c’est très enrichissant. Professionnellement et humainement.


Quel regard portez-vous sur votre secteur ?


Tout le monde a entendu parler de ce qu’on lit dans les journaux au sujet des crèches privées. Moi, ça me fait du mal d’entendre ça. Notre métier, on le fait par passion.

Je travaille dans une crèche privée et rien de ce qui se passe dans les médias n’arrive dans ma crèche : on vérifie les couches régulièrement, dès qu’on demande quelque chose à notre directrice, on l’a dans les jours qui viennent, dans la mesure du possible, etc. On met trop toutes les crèches dans le même sac, et c’est très mauvais de faire ça. Nous ne sommes pas toutes pareilles. C’est dur d’entendre des gens dénigrer notre métier à ce point-là...


Où vous voyez-vous dans 10 ans ?


Mon projet à long terme, c’est d’essayer une VAE d’EJE. J’aime le travail de l’EJE ; l’AP est plus dans le soin, l’EJE se consacre davantage à des projets. Et puis, c’est plus facile de progresser professionnellement en étant EJE.

Et plus tard encore, pourquoi pas, gérer ma propre crèche.


Avez-vous envie d’ajouter autre chose ?


A toutes les personnes qui hésitent à rejoindre les métiers de la petite enfance, n’hésitez plus. La meilleure reconnaissance que vous aurez viendra des enfants que vous accompagnerez et que vous aiderez à grandir. Il n’y a rien de plus beau que de voir un enfant évoluer, découvrir, explorer, sourire...

Vous vous sentirez fière de chacune de ses nouvelles acquisitions.

Oui ce ne sont pas toujours des métiers faciles, mais ce sont des métiers qui nous apprennent des choses tout au long de notre carrière.


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